Les sœurs Comoé, pionnières oubliées de la musique ivoirienne

Avec « Abidjan Pont Sous », Madiara et N’Goran Mariam ont marqué les premières années de l’indépendance ivoirienne. Retour sur le parcours de deux voix féminines qui ont contribué à écrire les premières pages de la musique moderne en Côte d’Ivoire.



 

Au lendemain de l’indépendance de la Côte d’Ivoire, en 1960, deux jeunes femmes font leur apparition sur la scène musicale nationale. Originaires de la communauté Andô, dans la région de M’Bahiakro, Madiara, l’aînée, et sa cadette N’Goran Mariam vont conquérir le cœur des mélomanes sous le nom des Sœurs Comoé. Leur surnom leur aurait été inspiré par la fraîcheur et la limpidité de leurs voix, comparées aux eaux du fleuve Comoé.
 

Leur destin artistique bascule lors du Grand Prix de la chanson ivoirienne à Abidjan. Repérées par Mathieu Ekra, alors ministre de l’Information, elles séduisent le public avec « Abidjan Pont Sous », une chanson inspirée des sonorités et des proverbes de la tradition akan. Sorti en 1962, ce titre devient leur signature et s'inscrit durablement dans le patrimoine musical ivoirien.
 

Mais leur aventure ne se limite pas à ce succès. Avec des chansons comme « Missi Milaï », « Moi Bio », « Samedi Blassi » et « Cha Cha », les deux artistes imposent un style original, mêlant traditions musicales africaines et influences modernes. Leurs voix accompagnent même le réveil des auditeurs de Radio Côte d’Ivoire durant les années 1960.
 

À une époque où la présence des femmes sur les scènes musicales suscite encore des réticences, les deux sœurs osent également s'accompagner à la guitare. Leur audace ouvre ainsi une voie nouvelle aux femmes dans la musique ivoirienne.
 

En 1971, elles mettent fin à leur carrière, notamment sous la pression de leur environnement familial. Madiara décède le 5 mai 2004 au CHU de Treichville, après une longue maladie.
 

Plusieurs décennies après leur retrait, les Sœurs Comoé demeurent des figures pionnières. Leur héritage rappelle que l'histoire de la musique ivoirienne s'est aussi écrite au féminin.

Dimanche 1 Novembre 2026
Félix N'Guessan

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