L'histoire de Prikro, chef-lieu de département dans la région de l'Iffou, est intimement liée à celle de la tribu Bidjô, un sous-groupe du peuple Anoufôm. Pour comprendre les origines de cette cité, il faut remonter au XVIIIe siècle, à une époque où les migrations et les regroupements de populations façonnaient progressivement le peuplement de cette partie de l'actuelle Côte d'Ivoire.
Selon la tradition orale, la tribu Bidjô, après avoir quitté le royaume du Ghana, effectue une première escale dans une localité de l'actuel département d'Abengourou, à laquelle elle donnera le nom de Bétié, en souvenir de cette étape de son parcours migratoire. C'est ainsi que naît le village de Bétié.
Quelques années plus tard, la tribu se disperse et donne naissance à plusieurs villages, parmi lesquels Adikro. Ce dernier occupe une place particulière dans la genèse de Prikro, puisqu'il constitue l'un des noyaux historiques à partir desquels la ville va progressivement se construire.
Adikro est fondé par Nanan Adi Blé, frère, notable et compagnon de Nanan Alui N'Dohou. À la mort de son fondateur, la succession est confiée au jeune prince Kouadio Lani. C'est alors que commence l'histoire d'un personnage dont le nom restera profondément attaché à l'identité de la localité.
Selon le récit transmis par la tradition, c'est sa tante aveugle qui lui donne le nom de Kouadio Kpli. Cette appellation signifie « Kouadio le grand » ou « Kouadio le robuste ». Elle fait référence à sa stature physique, mais également à ses qualités morales, à son courage et à sa force de caractère.
Devenu chef, Kouadio Kpli entreprend, quelques années plus tard, la fondation d'un nouveau village baptisé Gnambou, expression qui signifie « sous le fromager », en référence à l'arbre sous lequel le village aurait été établi.
La naissance de Kouadio-Kplikro, l'actuel Prikro
L'histoire de Prikro prend véritablement forme avec le rapprochement et le regroupement de trois villages : Ehoundebo, Adikro et Gnambou. De cette union naît Kouadio-Kplikro, une appellation qui rend hommage à son fondateur, le prince Kouadio Kpli.
Au fil du temps, le nom Kouadio-Kplikro évolue pour devenir Prikro, désignant désormais la localité qui s'imposera progressivement comme un centre de vie administrative, économique et sociale dans cette partie de l'Iffou.
Ainsi, derrière le nom Prikro se cache une histoire de migrations, de fondations villageoises, de succession et de rassemblement. Une histoire dans laquelle le prince Kouadio Kpli occupe une place centrale. Son nom, associé à la robustesse et au courage, demeure inscrit dans la mémoire historique de la cité.
Du village au département : les grandes étapes administratives
Longtemps structuré autour de son organisation villageoise traditionnelle, Prikro va progressivement acquérir une importance administrative au sein de l'organisation territoriale ivoirienne.
Une première étape décisive est franchie le 30 octobre 1961 avec le décret n° 61, qui institue la sous-préfecture de Prikro. Cette reconnaissance administrative marque le début d'une nouvelle phase dans l'évolution de la localité.
Le 29 juillet 1985, la loi n° 85-578 érige Prikro en commune. Cette transformation ouvre une nouvelle perspective en matière de gestion locale et de développement des infrastructures et des services de proximité.
Enfin, le 7 juillet 2005, le décret n° 2005-251 consacre Prikro comme département. Cette évolution administrative confirme son importance territoriale et renforce son rôle dans l'organisation de la région de l'Iffou.
Une histoire à transmettre aux générations futures
De Bétié à Adikro, de Gnambou à Kouadio-Kplikro, puis de Kouadio-Kplikro à Prikro, l'histoire de cette cité raconte avant tout celle d'une communauté qui s'est construite au fil des migrations, des alliances et des regroupements.
Aujourd'hui, Prikro poursuit sa marche vers le développement, forte de son identité et de son patrimoine historique. Mais derrière ses transformations administratives et urbaines demeure le souvenir d'un homme : Kouadio Kpli, le prince robuste, dont le nom a traversé les générations pour devenir celui de toute une cité.
Connaître cette histoire, c'est aussi contribuer à préserver la mémoire collective et à transmettre aux jeunes générations les origines de leur territoire.





