Au cœur du pays anô, dans l'actuel département de Prikro, Famienkro occupe une place particulière dans l'histoire de la Côte d'Ivoire. Anciennement connu sous le nom d'Aouabou, le village fut, à la fin du XIXe siècle, la résidence du souverain du royaume anô. Son nom actuel, qui signifie « village du roi », rappelle d'ailleurs cette ancienne fonction royale.
C'est dans cette localité historique que l'explorateur français Louis-Gustave Binger, accompagné de Marcel Treich-Laplène, rencontra le roi Kommona-Gouin. Au terme de leurs échanges, un traité de protectorat fut conclu le 8 février 1889. Cet accord constitue l'un des épisodes marquants de la progression de l'influence française dans l'intérieur de la Côte d'Ivoire.
Dans son ouvrage Du Niger au golfe de Guinée, publié en 1892, Binger consacre plusieurs pages à Aouabou et à son séjour auprès du souverain anô. Il décrit notamment une résidence royale composée d'une trentaine de cases rectangulaires. Son récit évoque également les pratiques traditionnelles et certains objets remarquables conservés dans le village.
Les deux explorateurs quittèrent finalement Aouabou le 17 février 1889. Quelques mois plus tard, le traité fut ratifié par décret, le 27 juillet 1889.
Plus de 137 ans après cet épisode, Famienkro demeure un lieu de mémoire pour le peuple anô. Cette page de son histoire mérite d'être préservée et davantage connue, notamment par les jeunes générations. Car au-delà de son importance dans l'histoire coloniale, elle rappelle la place qu'occupait autrefois le royaume anô dans les relations politiques de la région.
Sources historiques :
- Archives nationales d'outre-mer : traité du 8 février 1889 avec Komona Guoin, roi de l'Anno, et décret de ratification du 27 juillet 1889. Louis-Gustave Binger, Du Niger au golfe de Guinée, 1892.
- Étude historique publiée dans la revue Outre-Mers




